Populisme pénal, l'imprescriptibilité des délits pédophiles (Billet d'humeur)
L'initative vise à rendre imprescriptible tous les actes de pédophilie sur des enfants prépubères. Selon Christine Bussat, présidente de l'association "marche blanche" le texte ne fait pas l'unanimité mais doit être largement soutenu: «Il sera combattu par des députés de gauche, qui estiment que chacun a droit à une seconde chance. Mais les victimes, elles, n'ont pas ce droit» (Le matin du 2 mars).
Après l'adoption par le peuple de l'initative sur l'internement des délinquants dangereux, le populisme pénal frappe une nouvelle fois, avec la volonté de supprimer l'institution de la prescription pour les délits de "pédocriminalité" au motif que la prescription profite aux criminels. Est-il à craindre que ce texte, soutenu par l'extrême droite, sera une fois de plus mollement combattu par les autres partis politiques, peu à même de frustrer leurs électeurs bien pensants?
Outre que l'initative ne définit pas la notion d'enfants prépubères, le fait de considérer un acte sexuel commis contre un enfant (aussi odieux que ce genre d'actes puisse être pour la victime) à des crimes de masse ou de génocide contre un peuple ou une ethnie, revient à mélanger les notions juridiques et à instaurer une dangeruse confusion entre délits individuels et délits de masse.
L'institution de la prescription à un sens en ce sens qu'elle évite à la justice de devoir instruire des faits sur lesquels n'existent plus de preuves matérielles suite à l'écoulement du temps. Que pensera-ton d'un procès intenté contre une mère de 55 ans par sa fille de 35 ans pour attocuhements d'ordre sexuels. Sur quels faits se basera le juge? Comment forgera-t-il sa conviction? Comment être sur de ne pas violer la présomption d'innocence (voire le peu qu'il en reste en pratique)?
Nous invitions chacun à lire le remarquable ouvrage de Denis Salas "la volonté de punir, essai sur le populisme pénal", Paris Hachette, 2005 pour prendre conscience à quel point le droit pénal se déplace de la volonté de rétablir la paix sociale troublée en punissant le délinquant (toute en prenant soin à le réintégrer dans la société), vers un procès affirmant le droit de la victime à se reconstruire, fusse au mépris de tous les principes procéduraux du droit pénal classique et à la diabolisation de l'auteur du délit.
Puisse cette initiative être combattue par tous les partis politiques et démontrer que le populisme pénal ne passera plus. A défaut, il faudra se résoudre à la lente agonie des principes fondamentaux du droit pénal pour lesquels l'humanité à pourtant tant eu à se battre.
